LE VOYAGE DE SARKOZY EN AFRIQUE A GRANDS RENFORTS DES CAMERAS DES TELES FRANCAISES A T IL ETAIT UTILE?
Il est certain que ce voyage s'adressait surtout à l'électorat français pour mettre en avant la récente loi sur l'immigration jetable que les médias ont vendus avec complaisance à nos concitoyens .
La perception par l'Afrique démontre que non seulement cette loi ne réglera pas le problème de l'immigration mais risque d'éloigner l'Afrique .
l'article publié par " All Africa.com est trés révélateur .
France : Immigration jetable
Le Potentiel (Kinshasa)
ACTUALITÉS
25 Mai 2006
Publié sur le web le 25 Mai 2006
By Robert Kongo
Kinshasa
L'Assemblée nationale a adopté, le 17 mai dernier en première lecture, le projet de loi Sarkozy sur l'immigration et l'intégration -qui doit encore être examiné par le Sénat, les 6 et 7 juin avant d'être adopté définitivement d'ici au 1er juillet.
Ce projet de loi durcit les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. Un projet de loi controversé, qui a suscité une vive polémique en France comme en Afrique. Les Eglises, les partis politiques de gauche, les syndicats, les associations de défense des droits de l'homme, des citoyens anonymes, des personnalités africaines sont choqués par cette nouvelle réforme proposée par le ministre français de l'Intérieur. Voire, les Maliens se sont opposés à sa venue dans leur pays. Et au Bénin, deuxième étape de la visite de deux jours de Nicolas Sarkozy en Afrique après le Mali, les populations ont manifesté violemment contre son projet de loi. Comme à l'approche de chaque élection présidentielle, l'immigration devient le thè me central du débat politique en France. Pour séduire l'électorat de l'extrême droite française, notamment celui du Front National de Jean-Marie le Pen, Nicolas Sarkozy, en campagne, en fait un sujet servant de cadre à sa stratégie. En soixante et un ans, les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France auront fait l'objet de quatre-vingt-treize lois! C'est peu de dire que cette question, surtout depuis 1974, est récurrente en France. Rien que sous la férule de Nicolas Sarkozy, il y en aura eu deux. La précédente date de 2003.
Présentée comme une merveille de réalisme et d'équilibre, la loi de 2003 avait pour objectif affiché de lutter contre l'immigration irrégulière, par une prétendue maîtrise des flux migratoires, et d'en finir avec la double peine. Le ministre de l'Intérieur entendait alors afficher «fermeté» à l'égard de ceux jugés indésirables et qui profitaient des failles du système pour s'installer dans la clandestinité et «humaniste» à l'égard de ceux, victimes de la double peine, qui avaient grandi en France et qui méritaient à ce titre de ne pas être expulsés vers un pays d'origine inconnu. Le bilan finalement réalisé n'est guère convaincant. Tout le monde a pu observer que cette loi a rendu la vie impossible à des milliers de personnes, en remplissant au passage les centres de rétention, sans oublier la multiplication des interpellations fondées sur la couleur de la peau.
Mais cette loi n'a pas suffi. Persévérant dans sa volonté de désigner l'étranger comme le responsable de tous les maux, Nicolas Sarkozy, en cette période préélectorale prompte à générer abus et écarts verbaux, s'apprête à mener une nouvelle bataille destructrice sur le statut des étrangers, en les livrant plus encore au pouvoir discrétionnaire des préfets. Malgré la grogne des Eglises, des partis de gauche, des syndicats, des associations de défense des droits de l'homme, des citoyens anonymes le ministre de l'Intérieur a durci sa loi. Son nouveau credo: stopper l'immigration «subie» et promouvoir une immigration «choisie».
Nicolas Sarkozy affiche donc sa volonté d'aller piller les capacités et talents dans le monde. Ne sera«acceptable» que l'étranger perçu comme rentable pour l'économie française. Dans un entretien accordé au Progrès (un quotidien régional français), le 13 mars dernier, le secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf (l'ancien président sénégalais) était invité à s'exprimer sur la langue française, la colonisation, la présence française en Afrique, et l'immigration. Il a déclaré combien il était heurté par le projet de loi du ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy: ce projet est «politiquement et moralement inacceptable», a déclaré Abdou Diouf. Faisant allusion à ce point du projet de loi, Abdou Diouf s'est indigné:«Je ne peux pas accepter que la France dise, unilatéralement: je choisis les immigrés diplômés de telle catégorie, et tous les autres je n'en veux pas». De passage à Paris pour recevoir, à l'Unesco, le prix Féli x Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, le président sénégalais, Abdoulaye Wade s'est insurgé contre le principe de la sélection des candidats à l'immigration:«Le Sénégal, a-t-il affirmé, consacre 40% de son budget à l'éducation. Je vais former des cadres et ils vont développer l'économie française. Je vais vous envoyer la facture, pour que vous me remboursiez l'argent que j'ai dépensé». Et Abdoulaye Wade de conclure: «La France est libre de définir sa politique, mais je proteste contre ce système».
La visite de Nicolas Sarkozy en terre africaine, au Mali et au Bénin, les 18 et 19 mai dernier, où il est allé expliquer son projet de loi pour calmer les esprits, a tourné presque au fiasco. Une vingtaine de députés maliens ont demandé, trois jours avant son arrivée au Mali, l'annulation de cette visite. Ces parlementaires sont membres du Collectif des élus de la région de Kayes, d'où sont originairesla majorité des Maliens résidant en France. Et c'est au nom de la défense de cette population qu'ils qualifient la venue de Nicolas Sarkozy de «pure provocation».
A Cotonou (Bénin), des centaines de personnes ont manifesté contre le projet de loi sur l'immigration «choisie» dont il est à l'origine. Elles ont répondu à l'appel de l'association de lutte contre le racisme, l'ethnocentrisme et le régionalisme (Ong Alcrer) qui organisait avec la Fédération Nationale des Etudiants du Bénin (FNEB) un sit-in devant le ministère de l'Intérieur. Les manifestants ont même envisagé de se rendre à l'ambassade de France à Cotonou, selon les organisateurs. Sur les différentes pancartes qu'ils arboraient on pouvait lire: «Sarkozy raciste, Sarkozy=Hongrois, Sarkozy=étranger aussi en France Il n'est pas question chez nous d'accepter quelqu'un qui n'a pas du respect pour les Noirs et qui pense que nous sommes toujours à l'époque nazie où il faut opposer les gens qui ont une couleur de peau différente de la vôtre».
Les associations en France, dont le rôle consiste à aider, conseiller et accompagner les étrangers et leurs familles dans leurs démarches administratives, mènent la bataille contre ce qu'elles appellent avec raison«une immigration jetable». Car, ce projet de loi crée une nouvelle catégorie de travailleurs étrangers dont la durée du séjour est limitée au bon vouloir de leur patron: ni leur situation personnelle, ni leur situation familiale ne leur conféreront désormais des droits. Les régularisations deviendront quasiment impossibles.
Ce nouveau projet de loi assimile l'immigration au chômage et à l'insécurité. Pour Nicolas Sarkozy, l'immigration est un délit, mais comme elle est inéluctable, elle doit être «choisie». En clair, il s'agit de faire un tri sélectif. Comme en boîte de nuit ou au cinéma, désormais,on fera un casting à l'entrée. Les bons étrangers séparés des mauvais. La main d'oeuvre immigrée revient donc, cette fois-ci par la droite républicaine, dans un esprit de discrimination. Le délit de faciès a désormais sa loi. Les bonnes gueules, celles qui« cadrent bien avec ce que nos clients recherchent», elles, pourront passer.
Frontisme assumé
Ce n'est pas Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Intérieur, qui a besoin d'une deuxième loi en trois ans, c'est le candidat à la présidentielle, celui qui admet: «Oui, je cherche à séduire des électeurs du Front National, j'irai même les chercher un par un, ça ne me gêne pas».C'est donc à ces électeurs qu'il offre ce que, selon lui, ils attendent: une immigration «Choisie», qui permettra à la France de se servir sur le marché mondial de la main d'oeuvre, distribuant parcimonieusement, selon des quotas qui ne disent pas leur nom, des titres de séjour plus ou moins précieuses en fonction de l'intérêt de l'étranger sélectionné; un frein sans précédent à l'immigration dite «subie», à savoir l'immigration familiale. Pour Nicolas Sarkozy, un immigré n'a pas le droit de vivre en famille.
Ce texte porte atteinte à des droits fondamentaux. Le respect de la vie privée, le droit à la famille, les droits de l'enfant, la liberté de se marier. La famille française serait-elle donc supérieure aux autres? On demande déjà aux élus municipaux de dénoncer les mariages mixtes, soupçonnés d'être des mariages blancs. On demande déjà aux enseignants de renseigner sur les enfants dont les parents sont sans papiers et donc bientôt expulsables. Cela rappelle l'incitation à la délation contenue dans la loi Debré (du nom de l'ancien ministre de l'Intérieur, sous le gouvernement d'Alain Juppé, 1995-1997), il y a dix ans. Que veut Nicolas Sarkozy? Des mariages francs, c'est-à-dire des mariages entre blancs?
Une méthode autoritaire
Nicolas Sarkozy a beau être le rival de Dominique de Villepin, il ne le copie pas moins. Comme son prédécesseur à l'Intérieur, il ne consulte pas. Le projet de loi Sarkozy a provoqué les protestations des Eglises. Leur ministre de tutelle les a reçues, mais il ne les a pas entendues. Même pour le salut de son âme, il est resté sourd au message de ce large front constitué des Eglises, des partis politiques de gauche, des syndicats, des associations de défense des droits de l'homme ou des citoyens anonymes. En supprimant la possibilité de régulariser les individus, Nicolas Sarkozy crée de nouveaux sans papiers, elle aggrave une situation qu'il prétendait résoudre. La France va vers des drames en matière de santé, de salubrité et de sécurité des personnes.
Sous prétexte de combattre l'immigration illégale, la future loi du ministre de l'Intérieur va mettre en danger les immigrés en situation légale. A moins que le but avoué de Nicolas Sarkozy, soit de jouer à l'apprenti sorcier?